Plysorol, l'usine abandonnée
Depuis la décision du Tribunal de Commerce de Lisieux, le personnel est sans nouvelle du repreneur de la société qui avait promis des primes de départ de 20 000 euros. En revanche, les premières lettres de licenciements sont bien arrivées samedi dernier, comme prévu.
Vidéo
Par petites équipes, les collègues se succèdent devant les grilles de l’usine. Ils se réchauffent autour du brasier où se consument des palettes, et des chutes de bois issues des dernières fabrications de contreplaqués. Aujourd’hui, ils savent. L’insupportable attente a pris fin. Les courriers sont arrivés. Chacun sait qui est licencié, et qui va rester.
En rachetant Plysorol, John Bitar s’était engagé à ne conserver que 74 salariés sur les 225 salariés que comptait l’usine de Lisieux. L’industriel contrôle aussi désormais ce qui constituait la principale richesse de l’entreprise et qui a suscité tant de convoitises : l’exploitation de 600 000 hectares de forêt gabonaise.
D’ailleurs, dans les ateliers Lexoviens, beaucoup de machines ont déjà été démontées pour être expédiées… au Gabon. Une activité doit normalement reprendre sur le site. Mais les salariés peinent à imaginer qu’elle puisse être durable. Certains observent, résignés, que la plupart de ceux qui ont échappé au licenciement approchent de l’âge de la retraite, ce qui n’augure sans doute rien de bon.
Depuis le 25 octobre, des salariés livrés à eux-mêmes campent donc devant leur usine éteinte. Ils tuent le temps en faisant la visite pour les visiteurs de passage. « Il n’y a personne, vous pouvez entrer comme vous voulez » constatent-ils, désabusés. « C’est la maison fantôme. Il n’y a plus personne à la direction. Les dirigeants nous ont abandonnés. C’est le néant ».
Aucun bruit de machine. Le grincement de la porte métallique résonne dans l’atelier à l’arrêt. « On nous a oubliés. On peut nous considérer comme morts » dit l’un d’eux, fataliste. « Quand on se bat et qu’il y a quelqu’un en face, on a du répondant, ajoute sa collègue. Là, on essaye de se battre, mais il n’y a personne… »
Aucun bruit. Puis la cloche retentit, la cloche qui indiquait l’heure des changements d’équipe. Elle continue de sonner imperturbablement, dans le vide. Dans l’indifférence.